Aldorus Berthier

Rédacteur culturel sci-fi friendly

 Star Wars se contrefiche de la science, disait Georges Lucas. Ça se passe dans une autre galaxie avec d’autres règles. Je ne voulais pas que le film montre des choses susceptibles de se dérouler dans notre réalité. » 

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Star Wars : SF ou pas ?

Il est parfois difficile de dormir sur ses deux oreilles, tiraillé par l’intime conviction que le chemin de croix parcouru par la SF pour se frayer celui vers la culture dite « sérieuse » se trouve jalonné d’impostures. Ici œuvre L. Ron Hubbard, sans qui l’église de scientologie n’aurait jamais existé, là se maintient de longue haleine l’hypothèse des canaux de Mars, ou encore ailleurs se défend l’idée que Star Wars en serait la meilleure saga de de l’histoire. 

Sur la partie « meilleure de l’histoire », laissons ça à l’appréciation de tout un chacun. Concernant sa catégorisation science-fictionnelle, ouvrons cela à la discussion. Suffit-il en effet de batailles spatiales de haute volée, de plus ou moins gros vaisseaux chargés d’armes de destruction massive, de fusils laser et de robots plus ou moins perfectionnés pour y prétendre ? En termes d’imagerie, aucun doute le cahier des charges est rempli. La SF n’en dépasse pas moins ces codes rehaussés au rang de clichés et demeure porteuse de thématiques fortes, dépassant largement l’aspect spectaculaire que permettent ses potentialités.

Difficultés techniques 

Technologiquement parlant, l’univers de Star Wars possède sans le moindre doute une avance conséquente sur la nôtre, pauvres terriens. Véhicules de combat polyvalents, droïdes multiusages, projection holographique, répulseurs ou propulsion hyperspatiale ; pour un peu, la saga de Georges Lucas s’inscrirait presque dans le genre du cyberpunk. Malgré tout, le spectateur dispose-t-il du moindre indice sur leurs modalités de fonctionnement ? Inutile pour cela d’encombrer un film d’interminables logorrhées scientifiques incompréhensibles ; un simple raccord à la réalité technologique contemporaine suffit. Or, Star Wars ne repose sur aucune extrapolation scientifique concrète : il ne s’appuie que sur son propre référentiel. Ce que confirmait son créateur un mois avant la sortie d’Un nouvel espoir auprès du magazine American Film : « Star Wars se contrefiche de la science. Ça se passe dans une autre galaxie avec d’autres règles. Je ne voulais pas que le film montre des choses susceptibles de se dérouler dans notre réalité. » 

De fait, outre son caractère assez fantaisiste que pourrait justifier l’inscription de la saga dans un futur lointain, jamais la technologie présentée dans Star Wars ne prête à la moindre réflexion quant à ses dangers et ses problématiques inhérentes. Tout juste la prélogie aborde-t-elle, de manière assez souterraine, certains sujets politiques. Mais l’angle spéculatif propre à la science-fiction lui fait constamment défaut, engoncé dans un ton politiquement correct infiniment plus porté sur la rêverie. «J’ai l’impression qu’on a perdu cette habitude de s’assoir et de s’émerveiller devant des paysages exotiques et des créatures fabuleuses, déplorait George Lucas dans la même interview. Une génération entière est en train de grandir sans contes de fées. Plus personne n’en lit, alors que c’est la plus belle chose du monde. Donc, ce que je voulais faire avec Star Wars, c’est un conte de fées, un mythe. » 

Question d’espace-temps 

Outre l’argument d’autorité que constituent les paroles du créateur de la saga lui-même, une simple ligne de texte portée à notre observation au début de chacun des neuf films suffit à s’y ranger. « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »… Instantanément, en préambule de chaque film, nous est rappelé un décalage spatiotemporel en totale inadéquation avec les intentions critiques propres à la SF. Un temps très ancien impropre à l’extrapolation, plus une galaxie très lointaine déchargée de tout référentiel commun, égal : un mythe, voire, pour reprendre Lucas dans sa déclaration suscitée, un conte de fée. À bien y réfléchir, entre cet exergue et « Il était une fois… », il n’y a qu’un pas. 

De son temps étudiant en anthropologie, Georges Lucas a saigné les études mythologies et folkloriques de Joseph Campbell et Vladimir Propp sur la structure du conte, dont Star Wars s’est par conséquent nourri. Le parcours initiatique vécu par chacun des héros des trois trilogies prendrait presque des airs de geste arthurienne, baignée de magie, de manichéisme et de créatures fantastiques – ou plutôt d’aliens, en l’occurrence. Du héros aux antagonistes en passant par les objets magiques ou la quête mise en place, Star Wars coche par ailleurs de manière assez troublante la grande majorité des dix éléments indispensables à tout bon roman de fantasy listés par David Eddings dans son Codex de Riva. Voilà peut-être l’aspect véritablement science-fictionnel de Star Wars, prophétiquement conformé à une sélection de critères édictés vingt ans après la sortie en salles de son premier volet !

2 réponses à « Star Wars : SF ou pas ? »

  1. Avatar de Undergonzo

    Salut Aldorus ! Nous nous sommes croisés aux Utopiales et tu m’avais gentiment partagé ton mémoire en mail.

    Depuis, je remarque que tu es PARTOUT sur les Internets, et j’ai la surprise de te retrouver sur WordPress ! Je te lirai et suivrai avec plaisir à l’avenir, toujours à la recherche de réflexions et d’analyses intéressantes sur la SF

    Pour le coup, je dois malgré tout m’inscrire en faux total avec toi sur ce point.

    Star Wars est bien de la SF (et pas que pour moi). C’est bien sûr un éternel débat.

     » La SF n’en dépasse pas moins ces codes rehaussés au rang de clichés et demeure porteuse de thématiques fortes, dépassant largement l’aspect spectaculaire que permettent ses potentialités. » Eh bien, pas systématiquement. Tu as plein d’oeuvres de SF bas du front, notamment au cinéma depuis ces 20, 30 dernières années. Même en romans, t’as des trucs très mal écrits, assez débiles ou au propos très léger.

    Par ailleurs, Star Wars s’inscrit dans la droite lignée du Space Opéra des années précédentes (à la base, c’était pas Lucas qui voulait adapter Flash Gordon ?). Très spectaculaire, sans grand propos, avec des épées à la place des guns (Cycle de Mars de Leigh Brackett, Gor, Flash Gordon), voire même de la magie (ce qui reste présent dans la SF, mais souvent sous la forme de pouvoirs psys). Le Space Opéra des années 40 à 77 (la sortie de Star Wars), c’est vraiment des aventures épiques sans aucune justification scientifique et sans grand propos, le Méchant très méchant étant vaincu par un Héros surpuissant et très gentil (bon sauf dans Gor :).

    Si je pourrais trouver un terrain d’entente avec toi, je dirai simplement qu’en plus d’être du Space Opéra nostalgique des années 30-40, Star Wars est tout bonnement de la Science fantasy. Donc un pied entre les deux, tendant effectivement plus du « conte », du « mythe » que de la rationnalité. Voire aussi du Space Western. Dans l’univers étendu de Star Wars (donc pas les films, en effet), il est possible de tout voir, tout faire de par son gigantisme. Donc aussi bien de la sf sérieuse sans jedis (Andor étant un bon exemple), du cowboys avec des lasers (Mandalorian), de l’aventure enfantine (Le retour du jedi avec les ewoks, les films ewoks, Skeleton Crew) mais aussi de la romance, du polar, du cyberpunk, du steampunk.. Bref on peut y mettre tout ce qu’on veut et plus encore.

    Pour ma part, je me rattache au maître, et Star Wars, n’en déplaise à quelques fans hardcores, c’est pour enfants. A la base en tout cas. La cible c’était le pré-ado et l’adolescent. Donc moi, j’ai grandi et Star Wars ne m’intéresse plus depuis des années. J’ai trouvé quelques fulgurances dans Le dernier jedi, dans l’ascension des skywalkers, rogue one. Solo m’a plu pour le retour « western ». J’y trouve encore mon plaisir mais de moins en moins. Finalement, n’est ce pas un juste retour des choses qu’une saga crée à la base pour le plaisir régressif de Lucas mais AUSSI pour vendre des jouets ait été rachetée à Disney ?

    Voilà mon petit pavé ! Au plaisir de te lire !

    1. Avatar de Aldorus Berthier
      Aldorus Berthier

      Salutations, sir !

      Merci pour ce commentaire bien étayé que tu voudras bien m’excuser d’avoir mis un peu de temps à valider 🙂

      Et je ne saurai qu’être d’accord avec toi sur plusieurs points soulevés, notamment au prisme des recherches en plein desquelles je me suis retrouvé en préparant mon mémoire sur les pulps. C’est vrai que la SF justifie d’une tradition de gigantisme/épique au très long cours, et c’est précisément ce qui est à l’origine du développement du fameux sense of wonder.

      Les traditions propres à la SF sont mine de rien multiples et plurielles, mais j’espère tout de même que cette vision de Star Wars n’implique pas non plus que les vieux space operas des années 30-40, qui s’en rapprochent le plus seraient devenus pour les enfants x)

      En fait ce qui me tiraille dans cette problématique de classification ça repose aussi sur ce fameux sense of wonder, qui dans Star Wars je trouve manque de réels questionnements épistémologiques vis-à-vis de ce référentiel scientifique dont j’ai parlé dans l’article. Mine de rien il n’y a pas forcément besoin de les invoquer intentionnellement pour qu’ils saillent d’une œuvre d’anticipation !

      Il y a très certainement de grosses failles dans mon raisonnement ; de manière à bien les souligner je serais même prêt à répondre SF/Fantasy à un questionnaire me listant des œuvres rattachées au paradigme. S’agit juste de trouver le temps x)

      Compte sur moi pour continuer à produire du contenu le plus pertinent possible !

      Aldo’

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