5 juin 2012. L’équipe de France de football s’impose 4-0 face à l’Estonie en match amical, Vladimir Poutine rencontre son homologue chinois Hu Jintao et le Journal Officiel publie l’Arrêté relatif à la procédure d’agrément et portant cahier des charges des éco-organismes de la filière des déchets d’équipements électriques et électroniques professionnels en application des articles R. 543-196 et R. 543-197 du code de l’environnement (pfiu). Et surtout, Ray Bradbury s’éteint, laissant derrière lui 27 romans et plus de 600 nouvelles fondatrices de la science-fiction.
L’acharnement paye

Modeste vendeur de journaux et visiteur assidu de la bibliothèque de Los Angeles, Ray Bradbury commence sa carrière en parfait membre de la très restreinte communauté des lecteurs boulimiques de fanzines. À l’échelle locale, plusieurs d’entre eux publient ses nouvelles rédigées le soir à la lueur d’une petite lampe avant que ne germe l’idée de créer le sien, interrompu après trois numéros du fait de revenus insuffisants pour en couvrir les coûts de production.
Jusque-là, Bradbury aurait pu se fondre dans la masse des auteurs de science-fiction populaires de l’époque et multiplier les nouvelles disséminées dans divers pulps de plus ou moins faible envergure. C’était sans compter une détermination à toute épreuve, à laquelle une recommandation d’un certain Robert Heinlein, à l’aune desquelles « Le Pendule », sa première publication rémunérée, paraît en 1941 dans Super Science Stories. Désormais écrivain à temps plein, il rafle le prix de la meilleure nouvelle américaine grâce à « The Big Black and White Game » en 1945 et publie Dark Carnival, son premier recueil, sous la houlette d’Arkham House en 1947. Sur la même période, il épouse Marguerite McClure dont il aura quatre enfants. Bradbury, un homme à qui tout sourit d’un coup !
De zéro en héros
La preuve : il faut à peine attendre 1950 pour que de petit écrivaillon, Bradbury passe maître ès SF. J’appelle Chroniques martiennes à la barre, un roman connu et apprécié même des réfractaires au genre. Notons par ailleurs que l’auteur lui-même considère en 1997 que son recueil de nouvelles compilées en roman ne « relève pas de la science-fiction bon teint, rigoureuse sur le plan technologique ». Qu’à cela ne tienne, la machine est désormais lancée, et s’emballe en 1953 avec Farenheit 451, nouvelle œuvre de référence dans le corpus dystopique, que rien de moins que François Truffaut adaptera au cinéma en 1966.
S’ensuit une carrière émaillée de succès éditoriaux plus mesurés, souffrant de l’ombre des désormais chefs-d’œuvre susnommés, mais non moins qualitative, avec une préférence marquée pour la publication de nouvelles dans différentes revues. Compilées pour la plupart par la collection « Présence d’Esprits » en divers recueils devenus des classiques chez le lectorat français. L’Homme illustré, Un remède à la mélancolie, Je chante le corps électrique… Autant de titres devenus des références pour les chineurs aussi bien anglophones que francophones.
Repéré par le grand et le petit écran en qualité d’auteur incontournable, Bradbury signera le scénario du Moby Dick de John Huston avec Orson Welles, ainsi que divers scripts pour différentes séries du calibre de La Quatrième Dimension et Alfred Hitchcock présente. Comme en guise d’écho, sa propre série Ray Bradbury présente connaîtra également sa petite postérité.

Pour la postérité
Au crépuscule d’une carrière prolifique, les fans de science-fiction du monde entier tremblent à l’annonce de l’attaque cérébrale dont souffre Bradbury en 1999. Mais plus tôt dans cet article, je ne vous ai pas parlé de détermination pour rien. Il en faut plus, en effet, pour arrêter l’un des maîtres à penser de la science-fiction, qui jusqu’à ses derniers jours en 2012, dicte à sa fille les manuscrits de De la poussière à la chair, Il faut tuer Constance ou encore Été, adieu.
Ray Bradbury s’éteint porteur d’une œuvre sans égal, vantée dans les quelques jours suivant son décès par Barack Obama, Stephen King, Steven Spielberg ou encore Neil Gaiman (liste non exhaustive). Rêveur invétéré, partisan d’une littérature d’hypothèse – davantage que de science-fiction – où l’onirisme côtoie la poésie de l’inconnu, l’auteur des Chroniques martiennes s’est imposé comme un symbole de la littérature en rapprochant la SF de la littérature dite « générale » par une recherche attentive du juste milieu.


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